Clair de Lune (version courte)

CLAIR DE LUNE

« Chère Lisa,

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Eh bien voilà, c’est parti. Enfin, je suis parti. Je dirais même plus, c’est parti et moi dedans.

« Pardon, vous pourriez arrêtez de tapoter s’il vous plaît ?

« Et Merd …

« Hum …, oh, bien sur, désolé, une mauvaise habitude. »

« Tu serais contente, tiens … Mon voisin vient de me demander d’arrêter de taper sur la tablette amovible. Il faut dire que les isolateurs phoniques de ce vieux coucou sont HS. Enfin, quinze ans que je suis passé au laryngophone et pourtant je n’arrive pas à m’empêcher de saisir mon texte sur un clavier fantôme. L’appareil fixé sur mon cou ne me démange plus, mais je ne sais toujours pas quoi faire de mes mains : les serrer, les poser à plat sur la tablette, les mettre dans mes poches …

Je n’ai pas eu beaucoup de temps à consacré à notre correspondance ces derniers temps, trop occupé à chercher du travail, puis à trier mes affaires pour satisfaire aux exigences de tonnage, entreposant l’utile, donnant ce qui pouvait faire plaisir à d’autres, jetant le moins important depuis mon entretien. Je suppose donc que tu veux savoir comment j’en suis arrivé là. Au vu de ta réponse au petit message que je t’avais envoyé pour annoncer de mon départ, je me doute tu es assez étonnée.

Quand j’ai perdu mon poste à l’université, faute de crédits financiers pour respecter les nouvelles règles de sécurité, je me suis tourné vers les grands groupes privés. Entre ceux qui n’avaient pas les moyens et celles qui n’étaient pas intéressés par un spécialiste en biotechnologies, j’ai eu vite fait le tour des possibilités qui s’offraient à moi. J’avais placé mes espoirs en Danone, mais ils ont finalement décidé d’engager cet imbécile de Pym. Vu son instabilité mentale, ils risquent d’avoir de mauvaises surprises d’ici quelques temps, c’est moi qui te le dis.

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Bref, j’en étais à envisager de monter ma propre société quand j’ai été contacté par Disney. Je n’avais pas imaginé qu’ils pourraient être intéressés mais à bien y réfléchir, c’était évident. Ils ont prouvé qu’ils savent être ouverts aux nouvelles opportunités. Bref, ils m’ont demandé de leur préparer une présentation des possibilités offertes par mes découvertes, avec des projections financières. Ca n’a pas été sans mal, je ne suis pas un expert, j’avais déjà du mal à budgété mes demandes de matériel. Mais j’ai demandé l’aide d’un ami, Henri, je t’en ai peut-être déjà parlé. Il m’aidé à établir des projections financières. On a bouclé ça à l’arrache, et il devait y avoir quelques erreurs, mais bon, c’est ce qu’on avait réussit à faire de mieux dans les délais impartis.

Le jour J, j’étais stressé comme lors de la soutenance de ma thèse, mais ça s’est plutôt bien passé. Ils ont relevés quelques approximations, des projections financières quelque peu hasardeuses, mais le volet technique les a séduit. Ils n’ont mis que deux heures à prendre leur décision. Je me suis retrouvé à attendre dans la même salle de réunion dans laquelle j’avais fait ma présentation. Le problème c’est qu’ils avaient mis un clip promotionnel de la société à tourner sur un écran. Je crois qu’ils l’ont diffusé il y a quelque temps. Ça montre comment ils se sont développés dans le domaine spatial sous l’impulsion de Richard Darr, rachetant une flopée de petites sociétés innovantes qui leur ont permis de lancer véritablement le tourisme spatial. La première fois que tu l’entends déclarer « Vers l’infini et au-delà ! » c’est amusant, la seconde c’est agaçant, la 15ème c’est insupportable. Et pas moyen d’arrêter ce truc évidemment. Alors au lieu d’être simplement tendu, j’étais en rage contre cette machine, contre le débile profond qui l’avait mis en marche, contre la politique de diffusion de ces petits films, contre la politique qui m’obligeait à me trouver dans ce bureau …

Du coup, quand ils sont venus me chercher pour m’annoncer qu’ils étaient prêts à investir dans mes idées, j’ai été complètement pris à contre-pied. Et je n’ai pas réagit au moment où il m’ont annoncé où j’allais travailler. Je m’étais imaginé que ça serait dans leurs laboratoires de San Pedro, mais non. « Nous avons créé un nouveau centre de recherche près de notre dernier parc, et je pense que c’est l’endroit idéal pour vous. ». Tu aurais du voir le sourire de ce cadre, content de lui-même, de sa malice, …

Voilà comment je me retrouve à bord d’une navette spatiale encombrée de touristes venus profiter de la pesanteur réduite de la Lune, ou plutôt, comme on l’appelle désormais : DisneyPlanet, pour préparer les attractions du futur.

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Sur ce, je te laisse, j’ai encore quelques dossiers à lire,

Passe le salut à Carole, Pierre et les autres,

Marc »

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