Petit guide d’achat de planches originales de bande dessinée américaine (première partie) : Un point sur l’offre d’originaux

Le jeune lecteur qui découvre la bande dessinée se préoccupe rarement des auteurs de celle-ci et des ses procédés de fabrication. Il se laisse entraîner par le récit, sans s’attarder sur les rôles respectifs du scénariste et du dessinateur, voire de l’encreur, du coloriste ou du lettreur. Ce n’est que le temps passant et la passion croissant que la compréhension du rôle des uns et des autres et de leurs mérites respectifs se développe. Dans le même temps les goûts évoluent, s’affirment où se modifient.

A ce stade, l’amateur de bande dessinée, collectionneur invétéré ou simple acheteur occasionnel, n’envisage pas forcément la possibilité de s’offrir un original de l’œuvre qu’il admire.

L’existence même du support physique du dessin peut sembler abstraite et donc l’idée d’en faire l’acquisition, illusoire. Mais il suffit parfois d’une rencontre, d’une image, pour que le désir naisse, amenant avec lui un flot de questions : où, à qui, comment, combien … qui peuvent sembler autant d’obstacles infranchissables.

Ce n’est pourtant pas le cas. D’où cet article, qui se veut une première approche du sujet. Les propos tenus dans cet article sont évidemment des généralités qui connaissent leurs exceptions. Le sujet en étant les originaux de la bande dessinée américaine (pour lesquels j’ai le plus d’expérience), il utilisera, dans la mesure du possible, les termes techniques anglo-saxons en italiques, accompagnés d’un synonyme en français.

Une planche (page 19) de Superman v2 #39 par Kerry Gammill (dessin) et Bob McLeod (encrage)

Un point sur l’offre d’originaux

Commençons par faire un petit point sur les différents types d’original comic art (OA pour les initiés) qui peuvent être achetés.

Les planches en sont l’exemple le plus classique.

La planche, qui correspond à la page de bande dessinée, c’est le support physique, la feuille de papier, sur lequel le dessinateur va mettre en image le scénario, de manière plus ou moins détaillé.

C’est sur cette première base que l’encreur (qui peut être le dessinateur ou un autre intervenant) va intervenir pour mettre en valeur le trait, les volumes et contrastes à l’encre de chine et/ou au feutre (avec parfois aussi le lettrage).

Mais, pour les couvertures (et beaucoup plus rarement pour les planches), il peut également s’agir de peintures.

Le format classique des planches américaines est de 11’’ (inches ou pouces) sur 17’’ (soit 27,9 x 43,2 centimètres, c’est-à-dire plus long que du A3 qui fait 29,7 x 42 cm) avec de légères variations suivant l’origine des feuilles, qui peuvent être marquées du logo d’un éditeur (qui n’est pas forcément en lien avec la série qui y est dessinée : on a vu par exemple des couvertures Marvel dessinées sur des feuilles Crossgen, les artistes utilisant les feuilles qu’ils ont sous la main) ou d’un studio. Mais certains dessinateurs peuvent utiliser des formats différents, voire dessiner chaque case sur une feuille différente avant de les réunir après les avoir scannées.

En effet, la technologie a fait évoluer de manière significative le contenu et la réalisation des planches.

Si, pour des planches anciennes, il est classique d’y trouver inclus le lettrage (dialogues, titres, onomatopées), collé sur la planche ou directement écrit dessus, le développement du lettrage informatique a quasiment fait disparaître cet élément. De manière générale, tout ces éléments ajoutés à la planche sont désignés sous le terme de « stats« . Ce terme recouvre ainsi les patchs collés à la planche pour corriger un dessin, une case, ou réaliser un effet spécial. Le lettrage ou des effets spéciaux sont également parfois réalisés sur des feuilles transparentes à superposer à la planche (overlays).

Bien que la mode de l’encrage informatique (les crayonnées étant renforcés au moyen d’un logiciel) ne se soit pas (encore ?) généralisée, les progrès en matière de communication électronique ont tout de même aboutit à une scission des originaux : au lieu d’envoyer ses originaux à l’encreur, le dessinateur peut scanner ses crayonnés dont l’encreur, qui peut habiter à l’autre bout du monde, imprimera la reproduction « au bleu » (qui sera invisible lorsque le résultat final sera scanné) avant de se mettre à l’œuvre. Il en résulte deux originaux qui peuvent donc être vendus ensemble ou séparément :
– les crayonnés (pencils)
– l’encrage (inks) sur « impression au bleu » (blue lines), le bleu n’apparaissant pas quand le dessin encré est ensuite scanné pour être colorisé. Attention toutefois, car le dessinateur peut également avoir réalisé des crayonnés au crayon bleu, blue pencils, sur lesquels l’encrage est réalisé directement.

Un exemple de planche n’existant qu’à l’état de crayonné : Wildguard: Insider #2 – Astro Girl page 2 par Ray Anthony Height (dessin)

Evidemment, cela suppose qu’il y ait encore un crayonné papier puisque certains artistes sont déjà passés au tout digital, avec parfois une exception pour les couvertures ou les planches les plus « commerciales ».

Des collectionneurs considèrent que l’encrage seul vaut moins qu’un encrage sur crayonnés, au motif que c’est le dessinateur qui importe. D’autres, au contraire, retiennent que c’est le dessin encré qui sert de base à la planche définitive et le privilégient en conséquence. Il est en tout cas certain qu’un dessin encré offre un meilleur contraste visuel si l’objectif de l’acheteur est d’encadrer l’original et de l’exposer sur un mur.

Par rapport à un encrage réalisé sur les crayonnés originaux, il a pu être proposé de considérer que l’encrage seul correspondait à un tiers de la valeur, deux tiers pour les crayonnés.

Les planches offertes à la vente ont habituellement été publiées, à moins qu’il ne s’agisse de samples (échantillons), des planches d’essais réalisées par un dessinateur afin dans l’espoir de se faire recruter.

On peut diviser les planches en plusieurs catégories :

  • La couverture (cover) : il n’est pas besoin de présenter le dessin de couverture, qui consiste généralement en une seule image pouvant ou non (dans le cas des couvertures dites « génériques ») être en lien l’histoire contenue dans le numéro qu’il illustre. De par sa nature même, la couverture sera souvent la pièce la plus chère d’un numéro. Elle n’est pas nécessairement l’œuvre de l’auteur des planches intérieures;
  • La splash page (pleine page) : une seule image qui occupe toute la planche (et toutes ses déclinaisons : double-page splash , ½ splash page, …). Très efficace visuellement, elle met souvent en scène une action importante ou une scène panoramique (pour les double splash notamment) et a souvent plus de valeur qu’une simple page;
  • La title page (page de titre), souvent une splash page avec le titre de l’épisode et les crédits de l’équipe de production de la page;
  • La double-page spread , double page, qui n’est pas nécessairement une splash (mais si elle l’est c’est une double-page splash), mais peut être divisée en plusieurs cases;
  • Enfin, l’habituelle page intérieure classique (interior page ou panel page), découpée en plusieurs cases, et dont le prix variera en fonction de nombreux critères que nous évoquerons dans un article prochain (les deux planches précédentes de Superman et Wildguard en sont un exemple);
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Couverture de Shockrockets #6 par Stuart Immonen (dessin) et Wade Von Grawbadger (encrage)

En dehors des planches, on peut également trouver d’autres types d’originaux, soit dérivés des planches, soit des dessins non commandés par un éditeur.

  • Les prélims ou roughs, esquisses, ébauches de planches ou de couvertures qui, s’agissant notamment des artistes les plus en vus, peuvent permettre de s’offrir à un prix plus abordables (mais encore souvent élevé) un échantillon de leur travail. De part leur caractère plus sommaire, il est plus difficile de vérifier leur authenticité. Il faut donc essayer de s’assurer de leur provenance et de la fiabilité du vendeur;
  • Les color guides : copie de la page sur laquelle le coloriste appliquait à une époque les couleurs au pinceau ou au feutre, soit pour reproduction, soit pour indiquer à l’imprimeur les couleurs à employer ;
  • Attention, ne sont pas des originaux, les production arts (par opposition à original art) : ce sont des reproductions des planches utilisées comme leur nom l’indique dans le cadre du processus de production et d’impression des comics. Ils sont souvent offerts à la vente sans que leur nature soit très claire. L’emploi de termes comme acetate ou transparency doit inciter à la plus grande prudence et ce d’autant plus que ce qui est vendu comme production art unique peut être une simple photocopie sur feuille transparente réalisée à la chaine par un vendeur sans scrupules. A défaut d’original, ils peuvent être achetés comme simple élément décoratif, mais leur valeur est bien moindre.

Hormis les originaux liés à la création des comics, sont également offerts à la vente :

  • Des conventions sketches (dédicaces) : réalisées à l’occasion des conventions américaines (des festivals de BD), ces sketches, généralement non personnalisés, payant ou gratuits, sont souvent revendus sur le web. Personnellement, j’en déconseille l’achat à des tiers. Outre le fait que la revente de ces pièces dégoûte certains artistes d’en faire, il est à mon sens plus gratifiant de s’offrir une planche du même artiste pour un prix qui n’est généralement pas si éloigné. Par ailleurs, c’est un type d’original très exposé à la contrefaçon, et ce d’autant plus qu’il sera basique, et qu’il n’y pas de possiblité de comparaison avec une version imprimée, contrairement aux planches.
  • A côté du convention sketch, on trouve la commission (commande) : un dessin par l’artiste à la demande d’un client : la frontière est parfois floue avec le sketch, quoiqu’on puisse considérer que la commission, réalisée par l’artiste à son domicile, sera plus travaillée. Evidemment plus chère, les prix varieront en fonction des artistes qui proposent généralement un barème évolutif en fonction du type de dessin (dessin de la tête uniquement, buste, …), du nombre de personnages, de réalisation d’un décor, … Les artistes ouvrent parfois des listes limitées de commissions, celles-ci étant ensuite réalisées au fil des mois en fonction de leur charge de travail. Les délais peuvent se compter en mois ou en année, voire, dans le pire des cas, ne jamais aboutir, et il est prudent de se renseigner d’abord sur le sérieux de l’artiste et de prévoir, si possible, un règlement au moins pour partie à la livraison.
  • Des trading cards art réalisées par les dessinateurs pour être insérées dans des lots de cartes à collectionner et dont ils peuvent conserver une partie pour en disposer à leur convenance, c’est-à-dire en pratique les revendre. Ce sont de petits formats, souvent réalisées par des artistes de moindre envergure qui n’ont pas encore perçés.

Voilà pour un premier aperçu. Nous évoquerons dans une seconde partie les acteurs et les lieux du marché des originaux.

Sources :

 

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2 commentaires sur “Petit guide d’achat de planches originales de bande dessinée américaine (première partie) : Un point sur l’offre d’originaux

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